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![]() Christian Bertuletti
Ébéniste, heureux employeur d’apprentis
« J’en suis à mon douzième apprenti et je n’ai jamais eu de problème. » La cinquantaine passée, Christian Bertuletti est un ébéniste heureux. Dans son atelier en fond de cour d’un immeuble de Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, il s’est fait un devoir de transmettre son savoir-faire à des jeunes qu’il accueille pendant deux à quatre ans. Un devoir ou une mission pour ce travailleur aussi passionné qu’exigeant et aux idées très arrêtées : « Je suis contre l’apprentissage trop jeune car le métier est physique et il n’est pas forcément bon de vivre dans un monde d’adultes à 15 ans. Pour moi, ce serait un retour en arrière si on décidait d’encourager cela. »
Chez Christian, le recrutement se fait au feeling après un premier entretien : « Je reçois une trentaine de CV par an et je rencontre trois candidats. Ce qui m’intéresse, c’est la motivation et le caractère des jeunes. Je veux qu’ils aient les pieds sur terre car je suis quelqu’un d’exigeant. Le travail du bois peut faire rêver, mais cela reste un travail précis et fatigant parfois. Je veux des personnes sérieuses car moi, je les prends au sérieux. »
Au fil des ans, Christian a parfois embauché des salariés, mais l’expérience n’a pas été suffisamment concluante. La routine finissait par s’installer, alors que chaque nouvel apprenti donne l’occasion d’une nouvelle rencontre, l’opportunité de changer ses habitudes. « J’aime être au contact des jeunes. Ils m’apportent aussi beaucoup. L’apprentissage n’est pas à sens unique. »
Miser davantage sur la jeunesse
Motif de satisfaction : onze des apprentis passés par son atelier ont aujourd’hui un travail. Certains font même carrière à l’étranger. « On n’investit pas assez dans la jeunesse, insiste-t-il. Il y a parfois même un climat antijeune chez les entrepreneurs qui ne cesse de m’étonner. Moi, par exemple, je supporte difficilement les retards, eh bien je n’ai jamais eu de difficultés de ce côté-là avec mes apprentis. Quand ils sont respectés et qu’ils savent qu’ils vont apprendre des choses en se rendant au travail, ils n’ont pas de panne de réveil. » Un contrat où tout le monde gagne en somme. | ||||||
[Dans la fonction publique aussi]
L’apprentissage a fait une percée dans la fonction publique depuis l’impulsion donnée lors de la conférence sociale de 2014.
En 2016, 13 148 nouveaux apprentis ont été recrutés dans les établissements d’enseignement et les collectivités locales, 23 % de plus qu’en 2015. C’est le cas de Laurane, 21 ans, qui, après un bac scientifique, puis un bac professionnel en photographie, s’inscrit en apprentissage en BTS Design graphique au Campus Fonderie de l’image à Bagnolet, en région parisienne. Elle commence sa formation en septembre et, malgré les conseils prodigués par son école et une utilisation active des réseaux sociaux professionnels, elle « galère » dans sa recherche d’entreprise. « Beaucoup de start-up recherchent des jeunes graphistes en multimédia, mais ils préfèrent prendre des stagiaires qu’ils payent 550 euros, explique-t-elle. J’ai passé douze entretiens, ils me trouvaient trop chère et trop âgée par rapport à d’autres candidats. » Jamais elle n’aurait imaginé se tourner vers la fonction publique. C’est pourtant à la mairie de Boulogne qu’elle trouve son bonheur. Recrutée au service communication, elle perçoit le Smic, voit ses études assurées jusqu’à l’obtention de son BTS et apprend tous les jours de nouveaux aspects de son métier. « Ma maîtresse d’apprentissage est attentive et m’aide à mieux aborder mes missions. J’alterne deux jours à la mairie et trois à l’école, ou l’inverse. C’est fatigant, mais j’ai le sentiment de me réaliser et d’avoir démarré ma vie professionnelle. » Laurane réfléchit déjà à la suite. Elle aimerait se spécialiser dans le motion design, technique d’animation sur le web très recherchée dans les milieux de la publicité et de la communication. Dans le cadre, pourquoi pas, d’un nouveau contrat en alternance.
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“N’opposons pas l’apprentissage dans le supérieur à l’apprentissage infrabac”
Informaticien, il préside l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. En décembre 2016, il est devenu président de la Conférence des présidents d’université.
Comment expliquer le développement très rapide de l’apprentissage à l’université ?
Si l’apprentissage rencontre un vif succès à l’université, c’est que nous avons su proposer des formations répondant aux besoins des entreprises et des administrations. Dans l’université que je préside, 25 % des étudiants sont en apprentissage et nous couvrons tous les secteurs de l’économie. Nous avons ouvert des formations dans des domaines aussi variés que l’économie sociale et solidaire, le développement culturel territorial ou l’internet des objets. L’apprentissage n’est plus la chasse gardée de quelques domaines industriels ou techniques. Du côté des étudiants, la demande est tout aussi forte. Ils ont bien conscience que cette pédagogie en alternance favorisera leur insertion professionnelle, et le salaire qu’ils perçoivent leur facilite grandement la vie au quotidien.
Peut-on parler d’une révolution pour les universités ?
L’insertion professionnelle des étudiants est une mission complètement assumée par l’université même si, officiellement, elle ne date que d’une dizaine d’années. Le développement de l’apprentissage est l’un des outils à notre disposition. Les universités s’en sont emparées avec plus ou moins d’enthousiasme, selon leur histoire et leur culture, mais je pense qu’il y a aujourd’hui un consensus autour de cette pédagogie par alternance.
Pensez-vous qu’il y ait encore un potentiel de croissance ?
Tout dépend des universités. Certaines commencent à peine à s’y mettre quand d’autres ont déjà acquis une véritable expérience. À Marne-la-Vallée, nous avons été précurseurs. Aujourd’hui, nous avons atteint un bon équilibre entre les différents modes de formation. Notre objectif n’est donc pas d’augmenter encore le nombre d’étudiants en apprentissage mais plutôt de renforcer les liens entre les étudiants, quel que soit leur statut. Nous avons des formations où les étudiants sont mélangés. Et nous nous sommes rendu compte que cela apportait une valeur ajoutée. Les enseignants sont davantage sensibilisés à la réalité des besoins des entreprises et enrichissent leur enseignement, tandis que la diversité des parcours des étudiants crée une émulation.
Qu’attendez-vous de la réforme de l’apprentissage annoncée par le gouvernement ?
J’attends du gouvernement qu’il n’oppose pas l’apprentissage dans le supérieur à l’apprentissage infrabac. J’estime qu’il faut au contraire s’appuyer sur l’engouement et l’excellente image de l’apprentissage dans le supérieur pour lever les blocages installés dans les plus bas niveaux de qualification.
Le modèle mixte que nous avons mis en place à l’université, qui associe des étudiants en formation initiale classique et des étudiants en apprentissage, pourrait par ailleurs être une source d’inspiration.
©Photo CPU
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